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Repères

L’histoire du tarot

Le tarot n’est pas né en Égypte, ni dans la Kabbale. Il naît au XVe siècle, en Italie, comme un jeu de cour. La lecture divinatoire vient plus tard — au XVIIIe siècle. Deux histoires se croisent : celle des cartes, et celle de ce qu’on a voulu y lire.

  1. v. 1377

    Les cartes mameloukes arrivent en Europe.

  2. 1440

    Première mention sûre des « cartes à triomphes », à Florence.

  3. v. 1451

    Jeux Visconti–Sforza : objets d’art, pas d’oracles.

  4. 1491

    Sola Busca : premier jeu complet de 78 cartes conservé.

  5. v. 1534

    Le jeu passe en France. Marseille le fixe.

  6. 1781

    Court de Gébelin invente le mythe égyptien.

  7. 1789

    Etteilla code la cartomancie et les revers.

  8. 1855

    Éliphas Lévi relie atouts, hébreu et Kabbale.

  9. 1909

    Pamela Colman Smith illustre les 78 lames Rider–Waite.

  10. XXᵉ

    Jung : archétypes, synchronicité, miroir — plus le destin.

Un jeu de princes, pas un livre sacré

Les cartes à jouer arrivent d’Égypte mamelouke à la fin du XIVe siècle : bâtons de polo, coupes, épées, pièces. En Europe, elles deviennent bâtons, coupes, épées, deniers. Le tarot, lui, naît quand on ajoute une série d’atouts peints — les trionfi, puis tarocchi.

Milan, Ferrare, Bologne, Florence. On joue. On offre des jeux enluminés pour sceller une alliance. Michael Dummett, Thierry Depaulis et Franco Pratesi ont montré ce que les archives disent : c’est un jeu de stratégie. Les sermons de l’époque condamnent l’argent et le blasphème — pas la sorcellerie.

Table de cour italienne, cartes dorées sur velours

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Une table de cour, vers 1450

Les premiers tarots italiens sont des objets d’art : velours, feuille d’or, cadeau d’alliance. On y joue. On n’y lit pas l’avenir.

Reconstitution d’ambiance. D’après les jeux Visconti–Sforza, Milan, vers 1451.

Les atouts parlent le langage de la Renaissance : vertus, astres, pape et empereur, triomphes de Pétrarque. En 1491, le Sola Busca grave déjà les 78 lames et illustre les numériques — quatre siècles avant Rider–Waite.

Jeu Sola Busca de 1491, 78 cartes gravées

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Sola Busca, 1491

Premier jeu complet de 78 cartes conservé. Gravé à Ferrare, peint à Venise. Les mineures sont déjà des scènes — quatre siècles avant Rider–Waite.

Document historique. Jeu Sola Busca, Italie, 1491.

Marseille fixe l’image

Les guerres d’Italie emmènent le jeu en France vers 1534. Dans la vallée du Rhône, puis à Marseille, on le grave sur bois et on le colore au pochoir. Ce modèle, plus tard appelé Tarot de Marseille, garde les 22 atouts médiévaux. C’est encore un jeu de société. C’est aussi le visage que les occultistes du XVIIIe vont lire comme un hieroglyphe.

Paquet ancien de Tarot de Marseille sorti de son étui

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Un paquet de Marseille

Gravure sur bois, couleurs au pochoir, étui usé. C’est encore un jeu de société populaire — avant de devenir un « Livre de Thot ».

Document historique. Tarot de Marseille, type I.

Les 22 atouts du Tarot de Marseille, gravure sur bois coloriée

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Les 22 atouts, XVIIIᵉ siècle

Pape, Maison Dieu, Impératrice : une théologie chrétienne, pas un temple d’Égypte. C’est cette image-là que Court de Gébelin prendra pour un hiéroglyphe.

Document historique. Jean-Baptiste Madenié, Dijon, vers 1739.

1781 : on invente l’Égypte

Antoine Court de Gébelin, dans le tome VIII du Monde primitif, affirme que le tarot est le Livre de Thot, caché sous un jeu pour échapper au temps. Le comte de Mellet colle les 22 atouts aux 22 lettres hébraïques. Champollion n’a pas encore déchiffré les hiéroglyphes. L’Europe rêve l’Égypte.

L’histoire, elle, est sèche : pas de cartes pharaoniques. L’imagerie est médiévale et chrétienne. La structure vient des cartes mameloukes, pas de la Kabbale.

Bureau de savant du XVIIIᵉ siècle, cartes et livres ouverts

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Le bureau où le mythe s’écrit

En 1781, on ouvre le Marseille à côté des livres. On y cherche l’Égypte. On y trouve surtout le désir d’une origine plus ancienne que l’Italie.

Reconstitution d’ambiance. D’après le Monde primitif de Court de Gébelin, 1781.

Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla, en fait un métier dès 1770. En 1789, son Grand Etteilla est le premier jeu conçu pour la divination : ordre modifié, sens écrits sur les bords, lecture différente à l’envers. Éliphas Lévi, en 1855, refuse ces changements, réhabilite le Marseille, et soude atouts, Arbre de Vie et Tétragramme. Le jeu devient un système d’initiation.

1909 : les mineures se mettent à parler

La Golden Dawn, en Angleterre, formalise les correspondances d’Éliphas Lévi. Arthur Edward Waite demande à Pamela Colman Smith 78 images. Elle s’inspire du Sola Busca : chaque lame numérique devient une scène. On n’additionne plus des bâtons — on lit une histoire. Waite inverse Justice et Force pour coller à l’astrologie de l’ordre. Le détail de cette carte du ciel est sur Tarot et astrologie.

Planches Rider–Waite–Smith : majeurs et mineures illustrées

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Rider–Waite–Smith, 1909

En haut, les atouts. En bas, les mineures illustrées — ce que Marseille ne faisait pas. On n’additionne plus des bâtons : on lit une scène. Ce sont ces planches que GrandTarot vous met dans les mains.

Document historique. Arthur Edward Waite et Pamela Colman Smith, Londres, 1909.

Onze arcanes majeurs du Rider–Waite–Smith

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Du Fou à la Justice

Waite place la Force en VIII et la Justice en XI — l’inverse du Tarot de Marseille — pour suivre l’astrologie de la Golden Dawn.

Document historique. Planches Rider–Waite–Smith, 1909.

Le XXᵉ siècle : un miroir, plus un oracle fermé

Jung n’a pas écrit de traité sur le tarot. Il a vu, dans ces images, des formes de l’inconscient collectif. Les 22 majeurs deviennent les étapes d’une individuation : l’Ombre, l’Anima, le Soi. Le tirage n’est plus « ce qui va arriver ». C’est une synchronicité : un état intérieur et une carte qui, ensemble, font sens.

Table de consultation, trois cartes et un carnet

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Le tirage comme miroir

Au XXᵉ siècle, la lame n’annonce plus un destin fermé. Elle aide à dire ce qui était déjà là — une synchronicité, pas une sentence.

Reconstitution d’ambiance. Lecture jungienne des archétypes.

Comment le jeu parle

78 lames. 22 atouts — le voyage. 56 mineures — le quotidien, en quatre enseignes.

Coupes · Eau

Le cœur, le lien, ce qui se sent.

Épées · Air

La pensée, la parole, ce qui coupe.

Bâtons · Feu

L’élan, le désir, ce qui part.

Deniers · Terre

Le corps, l’argent, ce qui se touche.

Valet : ça commence. Cavalier : ça bouge. Reyne : ça mûrit à l’intérieur. Roy : ça se tient dehors.

On pose une question ouverte. On mélange. On dispose. On lit les lames ensemble — pas une par une comme un dictionnaire. Un revers n’est pas une malédiction : l’énergie est là, mais rentrée, retardée, ou trop forte.

Les 22 atouts, dans l’ordre de Marseille

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Les vingt-deux majeurs

Du Mat au Monde. Ici dans les noms de Marseille, sur les planches Rider–Waite que vous tirez sur le site. Cliquez une lame pour lire sa fiche.

Planches Rider–Waite–Smith, 1909 · lecture dans l’esprit de Marseille.

Ce qu’il faut retenir

Deux histoires tiennent ensemble. L’une, matérielle : un jeu italien du XVe siècle. L’autre, doctrinale : à partir de 1781, ce jeu devient livre, magie, puis psychologie. C’est cette plasticité — image, récit, miroir — qui le fait durer.

Sources de cette page : travaux de Michael Dummett, Thierry Depaulis, Franco Pratesi ; Court de Gébelin (1781), Etteilla (1789), Éliphas Lévi (1855) ; tradition Golden Dawn et planches Rider–Waite–Smith (1909) ; lecture jungienne des archétypes. Les photographies d’ambiance sont des reconstitutions. Les planches Marseille, Sola Busca et Rider–Waite sont des documents historiques.